Quand on parle d’enlèvement ou de déplacement forcé, on pense souvent à une scène spectaculaire : une personne inconnue, une camionnette, une victime attrapée dans la rue. Ce scénario existe, mais il ne représente pas toute la réalité.
Dans un contexte d’autodéfense, le déplacement forcé peut être beaucoup plus simple, subtile et inclus dans le quotidien : quelqu’un qui insiste pour amener la victime dans une chambre, vers une voiture, la faire sortir d’un lieu public, la pousser dans un corridor, l'empêcher de quitter une pièce ou la forcer à aller là où l'agresseur veut.
Le point central est celui-ci : si une personne veut déplacer une victime contre sa volonté, c’est souvent parce que l’endroit où elle veut l'amener est plus avantageux pour l'agresseur et plus dangereux pour la victime.
Un risque réel, mais souvent mal compris
Au Canada, en 2024, les services policiers ont déclaré 4 257 affaires de séquestration ou d’enlèvement, soit un taux d’environ 10 affaires par 100 000 habitants. Ce n’est donc pas l’infraction la plus fréquente, mais ce n’est pas non plus un risque imaginaire.
Le Code criminel du Canada distingue notamment l’enlèvement et la séquestration. L’enlèvement vise entre autres le fait d’enlever une personne pour la faire séquestrer, emprisonner, transporter ou retenir contre son gré. La séquestration vise le fait de séquestrer, emprisonner ou saisir de force une personne sans autorisation légitime. Autrement dit, on ne parle pas seulement d’un inconnu dans une ruelle. On parle de toute situation où une personne tente de prendre le contrôle de notre déplacement ou de notre liberté physique de fuir.
Il ne s'agit pas seulement d'agresseurs inconnus, surtout quand on parle d'agressions faites aux femmes. Au Québec, les données sur la violence conjugale montrent qu'en 2024, 28 560 personnes ont été victimes d’infractions contre la personne en contexte conjugal; 21 679 étaient des femmes, soit environ 76 % des victimes. Il faut donc élargir notre image du risque. Un déplacement forcé peut venir d’un inconnu, mais aussi d’un ami, d’un partenaire, d’un ex, d’une connaissance, d’un collègue ou d’une personne qu’on croyait digne de confiance.

Refuser le déplacement autant que possible !
Si quelqu’un veut nous amener ailleurs malgré notre refus, on peut se demander pourquoi. Peut-être que cette personne veut nous éloigner des témoins. Peut-être qu’elle veut réduire notre capacité à demander de l’aide. Peut-être qu’elle veut nous amener dans un endroit où elle aura plus de contrôle.
Même si l’endroit où on se trouve n’est pas parfait, il est souvent moins dangereux qu’un lieu choisi par l’agresseur.
Dans un café, une salle communautaire, une rue éclairée, une entrée d’immeuble ou un stationnement avec des passants, il y a au moins une possibilité que quelqu’un voie, entende ou intervienne. Dans une chambre, une voiture, un local fermé ou un endroit isolé, cette possibilité diminue.
C’est pourquoi les objectifs sont de :
- rester visible;
- rester entendue;
- rester difficile à déplacer;
- créer du délai;
- attirer l’attention;
- fuir dès qu’une ouverture apparaît.
Ce principe est valable avec un inconnu, mais aussi avec une personne connue. Même si la personne dit : « viens juste me parler deux minutes », « arrête de faire une scène », « fais-moi confiance », « tout le monde nous regarde », on a le droit de refuser.
Une phrase simple peut suffire :
« Non. Je ne vais pas avec toi. »
Le fait de nommer clairement la situation aide aussi les témoins à comprendre qu’il ne s’agit pas d’un simple désaccord privé. Et si l'agresseur ne comprends toujours pas, sans intervenir physiquement, on peut utiliser « la stratégie du disque brisé », soit répéter la même consigne de façon insistante jusqu'à ce qu'il arrête le comportement non voulu : « Non, je n'irais pas avec toi... Non, je n'irais pas avec toi... Non, je n'irais pas avec toi... ».
Quoi faire si quelqu’un tente de nous déplacer de force
Attirer l'attention
C'est ce qu'on appelle, créer le chaos: crier, interpeler les gens autour, faire tomber des objets, hurler d'appeler les secours, etc.
Ne pas hésiter à donner des détails de ce qui se passe et ce que vous attendez des possibles témoins : « Je le connais, mais je ne veux pas le suivre. Il me force. Appelez le 911. Venez m'aider. »
Interpeler les témoins directement au besoin, pour encourager l'intervention :
« Monsieur, allez chercher de l’aide. »
Entrainez-vous à hurler en dehors des situations dangereuses, quand vous êtes seule dans votre voiture ou dans la nature. Cette capacité peut vous sauvez ensuite dans toute sorte de situations dangereuses. Entrainez aussi vos enfants à crier fort. Un enfant qui hurle avec un adulte menaçant à côté, ça peut être très efficace pour faire fuir un potentiel agresseur !
Devenir difficile à déplacer
Si quelqu’un tente de vous tirer ou de vous pousser, cherchez à rendre la tâche plus difficile, plus lente et plus compliquée pour l'agresseur.
Voici quelques principes simples:
- élargir les pieds pour être plus stable et descendre votre centre de gravité ;
- éviter de marcher dans la direction imposée ;
- devenir lourde, molle ou flasque si la personne tente de vous soulever ;
- s’asseoir ou s'allonger au sol si c’est l’option la plus sécuritaire ;
- s’accrocher aux objets stables si ça permet de gagner du temps (lampadaires, bornes fontaines, etc.) ;
- « renverser la vapeur », c'est à dire si l'agresseur vous pousse par exemple, résistez puis, d'un coup bref et vif, allez dans son sens pour le faire perdre pied et en profiter pour fuir ;
- continuer à parler fort ou crier pour que les autres comprennent qu'il y a agression et puissent intervenir.
Pratiquez vous en dehors des situations dangereuses
Comme pour les cris, n'hésitez pas à essayer des techniques avec une personne de confiance dans des situations sécuritaires.
Faites-vous pousser, tirer, portée et voyez comment vous réagissez et ce que vous pouvez faire pour vous en sortir. Pourquoi ne pas s'essayer avec une amie de confiance et partagez vos trucs ensemble ?
Ou en jouant à la bataille avec vos enfants. Faites les réfléchir sur les actions qu'ils peuvent faire pour se déprendre. Ils pourraient vous surprendre sur les bonnes idées qu'ils pourraient avoir !
Enfin, inscrivez vous à un cours d'autodéfense près de chez vous. Nous offrons des groupes de pratique avec Femmes en Confiance, mais d'autres options existent aussi.
Conclusion
Le risque d’enlèvement par un inconnu existe, mais il ne faut pas limiter notre compréhension à ce seul scénario. En autodéfense, le vrai signal d’alarme est souvent plus simple : quelqu’un veut nous amener là où on ne veut pas aller.
À partir de ce moment, on a le droit de refuser. On a le droit d’attirer l’attention et faire tout ce qui est en notre pouvoir pour ne pas y aller. En bref, on a le droit de prioriser notre sécurité avant la politesse, avant le malaise social et avant la peur de déranger. Faites confiance à votre instinct.
Important: Les conseils présentés dans cet article ne sont pas une garantie de sécurité ou de réussite. Chaque situation est différente, imprévisible et peut évoluer très rapidement. Les stratégies proposées ici doivent être comprises comme des options possibles pour augmenter ses chances de se protéger, attirer l’attention, créer du temps ou favoriser la fuite, mais elles ne remplacent pas un accompagnement professionnel, juridique, médical ou policier lorsque la situation l’exige.