Les défis
Détox promettent de nettoyer le corps tout en nous faisant avaler toutes sortes
de suppléments. Mais que dit réellement la science ? Entre bonnes habitudes et
fausses promesses, démêlons l’intox de la Détox.
Les défis Détox promettant de nettoyer le corps sont omniprésents sur les réseaux sociaux, encore aujourd’hui : Glow Up Challenges, 75 Hard Challenge, 10-Days Green Smoothie Cleanse. Pourtant, la mode des cures Détox ne date pas d’hier : le Master Cleanse, décrit par Stanley Burroughs dès les années 40 restait, plusieurs décennies plus tard, la recette la plus recherchée sur Google en 2007.
Ces défis proposent des routines strictes en plusieurs étapes censées détoxifier l’organisme, accompagnées de suppléments recommandés pour soutenir le processus. Mais que signifie concrètement la détoxification ?
Amélie Charest, diététiste-nutritionniste à l’INAF et coordonnatrice de la Chaire en nutrition à l’Université Laval, insiste sur le fait que le terme n’a rien de scientifique. « Il n’y a pas de définition reconnue scientifiquement, tout le monde s’approprie un peu ce terme-là et lui met sa sauce ». Selon elle, le mot détox est une construction populaire, utilisée pour évoquer l’idée de “se nettoyer”, mais sans fondement médical clair.
Contrairement à ce que ces défis laissent entendre, l’élimination des toxines est une fonction normale du corps humain. « Le corps a lui-même cette capacité d’éliminer les toxines, il y a plein d’organes qui jouent ce rôle, en complémentarité » explique Mme Charest. Elle précise aussi que ce mécanisme n’est pas sporadique, mais continue : « Cette capacité est très efficace, 24 h sur 24, notre corps élimine les toxines, on n’a pas besoin d’avoir recours à différentes pratiques qui accentuent ça ».
Par exemple, le foie permet de transformer les déchets pour permettre au corps de les évacuer plus facilement. Les reins, les poumons, la peau et le système digestif y contribuent également. Même « le sang joue le rôle de transporteur indispensable » indique Mme Charest.
Dans ce contexte, les recommandations que l’on retrouve souvent dans les défis Détox, comme boire plus d’eau, réduire le sucre, manger davantage de fruits et légumes et bouger plus, sont utiles, mais pour d’autres raisons. Comme le résume Mme Charest : « Avoir de saines habitudes de vie, c'est un défi au quotidien ». D’après elle, ces comportements soutiennent la santé générale, mais ils ne détoxifient pas, puisqu’ils n’accélèrent ni ne modifient les systèmes d’élimination déjà en place.
Une revue scientifique parue en 2014 appuie ces conclusions. Les auteurs montrent que les programmes Détox manquent d’essais contrôlés randomisés, et que les rares études disponibles utilisent des échantillons de petite taille et des études animales, ce qui ne permet pas de conclure sur une efficacité réelle.
Et est-ce que les suppléments, souvent vendus par ceux qui encouragent ces défis, sont nécessaires ? Mme Charest est catégorique : « La science n’est pas rendue là. Il n’y a pas de preuves scientifiques qui démontrent hors de tout doute qu’on a besoin de ces suppléments-là pour éliminer ces toxines ». Elle ajoute qu’ils peuvent être coûteux et même associés à certains risques de santé.
Sa conclusion est simple : il vaut mieux miser sur la constance plutôt que sur des cures temporaires. Elle l’explique ainsi : « Le meilleur conseil, c’est d’avoir de saines habitudes de vie, au quotidien ».